17.01.2024

Image de soi, lien et insertion sociale : le bilan du projet " innovant" de la Croix-Rouge

Farah Viotty, directrice de la Croix-Rouge (C-R) de Saint-Martin souhaite «associativement» davantage d’engagement, de solidarité, d’implication et une prise de conscience générale de la population sur les difficultés du territoire. «Nous pouvons tous apporter notre petit grain à ces problématiques», confie-t-elle. Ce n’est pas pour présenter ses vœux qu’elle avait convié les médias locaux mais pour dresser hier à la CCISM le bilan 2023 de son projet image de soi, lien et insertion sociale.

Ce projet a été mis en œuvre par l’équipe mobile d’intervention sociale (EMIS), sous la houlette de la directrice Pôle Établissements. Tout au long de l’année 2023, l’équipe était composée d’un éducateur spécialisé, de deux médiateurs/et un volontaire en service civique.

L’EMIS a pour mission première de créer, recréer et maintenir du lien social, d’évaluer les besoins des personnes et de les orienter vers des structures spécifiques. «Au milieu de ce travail, les professionnels sont souvent confrontés à une fatigabilité des personnes, suite à un manque de motivation. On peut surtout imaginer leur difficulté à s’engager alors même qu’elles ne se sentent pas légitimes à être quelqu’un dans la société», poursuit la directrice.

«J’avais des collaborateurs qui me disaient : je ne comprends pas, nous avions fait beaucoup de choses pour monsieur x, mais il n’est pas allé au rendez-vous qu’il ne fallait pas rater. Il fallait qu’il remplisse certaines choses, il ne l’a pas fait ou encore, il ne vient plus au rendez-vous, etc.», se souvient Farah Viotty. «Force est de constater que sur une telle population, nous avons souvent du mal à maintenir l’investissement dans l’accompagnement, ce qui crée des accroches pour les personnes, dans leur parcours et pour les professionnels», reconnaît-elle.

Raison pour laquelle en 2023, la Croix-Rouge a eu la possibilité de répondre à un appel à projet lancé par la DEETS* de Guadeloupe. Il s’agissait de mettre en place un projet pour guider les personnes vulnérables et fragilisées dans le cadre de l'aide alimentaire, le but recherché était de «sortir d'une logique d'assistance et de s'orienter vers l'accompagnement durable des personnes».

A Saint-Martin sont concernés trois types de public :  les personnes rencontrées lors des maraudes de l’EMIS, celles fréquentant le lieu d’accueil de jour de la délégation territoriale et celles en situation de grande précarité.

En répondant à l’appel à projet, la Croix-Rouge y a vu une opportunité de soutenir les personnes différemment. «Nous avons été impliqués dans l’aide alimentaire, l’aide matérielle, l’aide administrative, mais en fin de compte, nous faisons toujours les mêmes choses, et peut-être devions-nous prendre le problème sous un autre angle», réfléchit Farah Viotty.

Les ambitions de cet accompagnement sont multiples. La première étape a permis d’instaurer la confiance avec les personnes concernées par le programme afin de supprimer les freins personnels et de les amener à s'investir sur la durée, parfois longue, de ce parcours. La Croix Rouge a aussi pu évaluer les avancées concrètes des situations, donner des outils de réassurance et d'apaisement afin d’apprendre aux usagers à gérer leurs émotions.

Une fois ce socle solidifié, la Croix-Rouge cherche à ce que les personnes reprennent une position d’acteur dans leurs vies pour les démarches, prennent conscience de leurs capacités, s’insèrent dans un groupe, développent des potentialités, retrouvent des repères espace-temps.

Par ailleurs, le projet image de soi, lien et insertion sociale s’appuie sur la proposition d'ateliers devant permettre aux personnes de (re)construire une représentation de soi suffisamment positive pour (re)trouver l'envie de s’améliorer, et de (ré)agir sur leurs situations. C’est un travail d'abord social, en les combinant de manière ludique et en jouant avec les règles sociétales. Il s’agit ensuite du travail administratif consistant à les impliquer dans des projets personnels qu’elles auront à définir et à planifier, afin de se donner des étapes à la réalisation de ce qu'ils auront projeté.

Six ateliers différents, allant de la photographie à la psychomotricité en passant par l’art-thérapie, se sont déroulés au sein de la Maison Croix-Rouge à Concordia.

Dans un second article, nous reviendrons sur ces différents ateliers et sur les objectifs poursuivis à travers ces ateliers, dans le but de renforcer leur (les usagers) estime d'eux-mêmes, leur confiance en eux et leur image d'eux-mêmes.

*DEETS : direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités.

Siya TOURE